Publié le 17 Octobre 2015

Kepler, télescope spatial destiné à la recherche d'exoplanètes, notamment de la taille de la Terre, par la méthode du transit, a livré un bien étrange fait lors de l'observation de l'étoile KIC 84622852, située à 1500 années-lumière de la Terre, si étrange qu'il fait le "buzz" sur la Toile et qu'il laisse la communauté scientifique dans l'expectative.

Durant les quatre premières années de sa mission d'exploration, (2009-2013), Kepler a observé quelques 150 000 étoiles et a trouvé 4696 exoplanètes possibles dont 1031 ont été confirmées. Une seule de ces étoiles a présenté un phénomène anormal dans le transit observé par le télescope spacial : KIC 84622852. 

 

Quelque chose d'autre qu'une planète en transit fait fluctuer énormément et de façon imprévisible la luminosité de l'étoile KIC 84622852. Une comète émiéttée ou autre chose?

Crédit : NASA

Lorsqu'une planète passe devant son étoile hôte, elle fait diminuer la luminosité de celle-ci. La méthode du transit qui consiste à apercevoir cette baisse permet donc de déterminer si l'étoile observée a une planète hôte, au moins. Normalement, cette baisse est au maximum de 1% même s'il s'agit d'une planète géante.

 

Une luminosité qui baisse de façon importante et irrégulièrement

 

Ce qui interpelle les chasseurs d'exoplanète, ce sont les écarts importants de sa luminosité. Ceux-ci peuvent aller jusqu'à 22%, ce qui est énorme par rapport au 1% maximum habituellement constaté. Même une planète gazeuse géante, ne fait pas baisser la luminosité de son étoile hôte au-delà de ce seuil de 1% ! Qui plus est, les courbes de luminosité présentent des périodicités irrégulières, ce qui n'est pas le cas pour les transits d'une planète ou d'une étoile compagnon qui se produisent de façon régulière. Enfin ces courbes sont assymétriques alors qu'elles sont symétriques pour un transit normal.

Durant le temps que Kepler a observé cette étoile, au bout de près de 800 jours, la luminosité de celle-ci a baissé de 15%, puis est redevenue normale jusqu'entre le 1510 et 1570 où se sont produites plusieurs baisses allant jusqu'à un pic de 22% ! Et, en aucun cas, la cause ne peut être une planète. 

 

Sur ces graphiques de la courbe de luminosité, l'abscisse indique les jours et l'ordonnée la luminosité

Crédit : Boyadjian et Wright

 

Quelles hypothèses pour une telle irrégularité ?

 

Plusieurs scénarios ont été élaborés par les astronomes qui ont écarté un dysfonctionnement du télescope spatial, en premier lieu, puis la présence de taches ou de tempêtes solaires sur la surface de l'étoile. Ensuite, après avoir envisagé la présence d'un grand disque protoplanétaire, ils ont écarté cette hypothèse car KIC 84622852 n'est plus une jeune étoile et que le rayonnement infrarouge n'était pas excessif. Pour l'instant, la possibilité d'une collision entre deux planètes, si elle est envisageable, n'est pas retenue car les chances de l'observer au bon moment sont très faibles, à moins que d'avoir une chance inouïe.

Deux hypothèses sont envisagées par les scientifiques : la présence d'un foisonnement d'exocomètes, mais aussi la présence d'une mégastructure d'origine extraterrestre.

Ce foisonnement d'exocomètes serait du à la collision de ces comètes qui se seraient ainsi désintégrées en myriades de morceaux. La présence de nombreuses exocomètes pourrait s'expliquer par le fait qu'une naine rouge dont l'orbite se situe à 1000 UA, (Unité Astronomique= distance qui sépare le soleil de la Terre, soit 149 597 870 km.), et qui viendrait perturber l'orbite du nuage de comètes qui ceinture le système solaire de KIC 84622852.

L'hypothèse d'une mégastructure artificielle a été formulée par une des équipes scientifiques. Cette structure pourrait avoir été développée par une civilisation extraterrestre de type II, très avancée technologiquement. Il pourrait s'agir d'un système qui permette de récupérer un maximum d'énergie de cette étoile. Jason T. Wright, professeur d'astronomie assistant à Penn State, à qui Tabetha Boyadjian, post doctorante à l'université de Yale et auteure du principal article sur KIC 84622852, avait demandé ce qu'il pensait des courbes de luminosité, écrivait récemment sur son blog : "L'idée est que si les civilisations extraterrestres avancées construisent des mégastructures de taille planétaire - panneaux solaires, des mondes cycliques, télescopes, balises, quelles que soient - Kepler pourrait être en mesure de les distinguer des planètes.

Et même si Wright considère que l'hypothèse d'une construction extraterrestre doit être le dernier recours, lui, Boyadjian et leur équipe ont demandé au responsable du Very Large Array, (VLA), d'observer si il n'y avait pas d'émissions radio provenant d'une civilisationextraterrestre (1). Même si de telles émissions étaient détectées, (les chances d'intercepter les communications extraterrestres sont très minces), cela ne signifierait pas pour autant qu'il s'agisse d'une mégastructure extraterrestre. Mais c'est le propre de la Science que d'utiliser toutes les ressources possibles pour répondre à des questions auxquelles il est difficile d'apporter une réponse.

(1) Cette recherche a débuté récemment : voir l'article de Mike Wall sur Space.com. Ci-dessous, la photo de l'Alien Telescope Array du Seti qui en a été chargé.

 

Copyright : Michel Lambours en créative commons CC BY-NC-ND d'après différents articles de Futura-Sciences, (Xavier Demeersman), Universe Today (Bob King) et Space.com, (Ian O'Neill de Discovery News).

 

 

 

 

 

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Rédigé par Michel des Hautes Alpes

Publié dans #Etoiles

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Publié le 16 Octobre 2015

Le ciel bleu de Pluton

Les images en couleur de brumes atmosphériques de Pluton reçues récemment, révèlent des brumes bleues.

 

La couche de brume de Pluton montre sa couleur bleue dans cette image prise par le MVIC, (Multispectral Visible Imaging Camera) de la sonde News Horizons.

Crédits : NASA/JHUAPL/SwRI

 

Les particules de brume sont grises ou rouges, en principe. Là, elles diffusent de la lumière bleue et c'est ce qui a attiré l'attention de l'équipe scientifique. Carl Howett, (SwRI), chercheur de l'équipe a déclaré : "Cette teinte bleue frappante, nous parle de la taille et de la composition des particules de brume. un ciel bleu résulte souvent de la diffusion de la lumière solaire par de très petites particules. Sur Terre, celles-ci sont des molècules d'azote très petites. Sur Pluton, elles semblent être plus grandes, mais encore relativement petites, des particules semblables à la suie que nous appelons tholins (1).

Les scientifiques pensent que les particules tholins se forment dans la haute atmosphère, où la lumière solaire ultra-violette se brise, et ionise les molécules d'azote et de méthane et leur permet d'agir entre elles pour se former de façon plus complexes négativement, avec des ions chargés positivement. Quand elles se recombinent, pour former des molécules très complexes comme c'est le cas dans la haute atmosphère de Titan, la lune de Saturne. Les gaz volatiles se condensent en se couvrant d'un manteau de givre avant qu'ils ne tombent à travers l'atmosphère jusqu'à la surface, ajoutant une coloration rouge à Pluton.

 

La glace d'eau

 

Deuxième découverte significative, News Horizons a découvert de nombreuses petites régions exposant de la glace d'eau. Cette découverte vient de Ralph(2), imageur de composition spectrale sur la sonde.

 

Les régions avec de la glace d'eau exposée sont surlignées en bleu sur cette image composite à partir de l'instrument Ralph de News Horizons combinant l'imagerie visible de MVIC avec la spectrographie infrarouge à partir de la matrice LEISA, (Linear Etalon Imaging Spectral Array). Cliquez sur l'image pour agrandir.

Crédits : NASA/JHUAPL/SwRI  

 

Jason Cook, du SwRI et membre de l'équipe scientifique a précisé que de grandes étendues de Pluton ne montraient pas de glace d'eau exposée, car elle était apparemment masquée par d'autres glaces plus volatilessur la plupart de la surface de la planète. Il a ajouté : "Comprendre pourquoi l'eau apparaît exactement où elle le fait, et pas dans d'autres endroits, est un défi que nous sommes en train de relever."

Un aspect curieux de la détection est que les zones montrant les signature spectrales de glace d'eau les plus évidentes correspondent à des zones qui sont rouge vif en images de couleurs récemment libérées. Silvia Protopa, membre de l'équipe scientifique de l'Université du Maryland College Park se dit surprise que cette glace d'eau soit si rouge. "Nous ne comprenons pas encore la relation entre la glace deau et les colorants rougeâtres des tholins sur la surface de Pluton", a-t-elle ajouté.

Quant à la sonde elle est actuellement à 5 milliards de kilomètres de la Terre, avec tous ses systèmes en bonne forme et fonctionnant normalement.

 

(1) tholin : Le tholin, ou la tholine, est une substance organique plus ou moins azotée de masse moléculaire élevée, de couleur rouge brun et de structure mal connue, qu'on trouve à la surface de nombreux astres du Système solaire externe.

(2) Ralph : Ralph est un instrument qui combine un imageur MVIC (Multi-spectral Visible Imaging Camera) fonctionnant sur plusieurs bandes spectrales en lumière visible et proche infrarouge avec un imageur/spectromètre LEISA (Linear Etalon Imaging Spectral Array) fonctionnant en proche infrarouge. Les deux instruments partagent la même partie optique dont l'ouverture est de 75 mm avec une focale de 658 mm. MVIC comporte 7 détecteurs CCD de type TDI (time delay integration) avec une résolution de 5024x32 pixels. Deux CCD fournissent des images en panchromatique (400 à 975 nm tandis que les quatre autres CCD sont sensibles au bleu (400 – 550 nm), rouge (540 – 700 nm), proche infrarouge (780 – 975 nm) et à bande d’absorption du méthane (860 – 910 nm)). Les images panchromatiques seront utilisées pour établir des cartes de la surface de Pluton et Charon avec une résolution de 1 km2. La résolution spatiale angulaire est de 20 microradians. LEISA permet d'obtenir des spectres détaillés dans la bande de l'infrarouge proche (1,25 – 2,5 µm) avec une résolution spectrale de (λ/δλ) de 240. MVIC doit permettre de dresser une carte fournissant la composition de la surface de la planète naine et de sa lune principale avec une résolution de moins de 10 km .

 

Article source : nasa.gouv, mise à jour de Lilian Gipson

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Rédigé par Michel des Hautes Alpes

Publié dans #Planètes

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